Témoignages

Julien ALEXANDRE DIT SANDRETTO, Chercheur post-doctorant

Formation

Deug MIAS (mathématiques et informatique appliquées aux sciences), prédécesseur du L2
Cycle Ingénieur Informatique Industrielle et Instrumentation à Polytech Grenoble promotion 2006
Thèse, INRIA, Sophia Antipolis

Entreprise/Collectivité

Ensta ParisTech

Description du poste

Après mon cycle ingénieur, j'ai été durant trois ans chef de projet chez Atos defense Paris, puis j'ai effectué une thèse de 3 ans à l'INRIA de Sophia Antipolis.

Je suis actuellement chercheur à l'Ensta ParisTech sur le campus de Polytechnique à Palaiseau. Je suis également chargé de travaux dirigés en première année sur les modules d'informatique.
Je travaille au sein du laboratoire d'informatique et d'électronique de l'école. 
Mon domaine de recherche est principalement les mathématiques ensemblistes (où les nombres sont remplacés par des ensembles de nombres) appliquées à la robotique et au controle des sytèmes complexes.

Etant une école de la Défense, nous travaillons en étroite relation avec les armées et les industriels de la Défense (DCNS (navires), MBDA (missiles), Thales (communications)...). Le métier de chercheur consiste à lire beaucoup de livres et d'articles scientifiques afin de s'auto-former sur un domaine très pointu (en ce moment je travaille sur l'intégration des équations algébro-différentielles). Le but est d'être au courant de tout ce qu'il se fait dans ce domaine, ce qui est souvent très difficile. Ensuite, on cherche à améliorer certains théorèmes ou algorithmes pour répondre plus spécifiquement à notre problèmatique (dans mon cas obtenir une valeur sure à l'intégration). Ces nouveaux algorithmes sont ensuite testés, ce qui implique une bonne connaissance de la programmation (j'utilise le language C++). Si les résultats sont satisfaisants, il est ensuite nécessaire de les publier, c'est à dire d'écrire un article scientifique, en anglais, pour une conférence internationale (où on présente son travail devant les meilleurs chercheurs du domaine, parfois plus de 300 personnes venues du monde entier) ou un journal spécialisé. Cet article est relu par des chercheurs du domaine, on les appelle nos pairs (car ils sont comme nous), ce sont eux qui décident si ce que l'on a fait est juste ou pas, et si on a le droit de le publier. Il m'arrive moi aussi de relire les articles d'autres chercheurs (japonais, russes, américains, etc...).

C'est un travail à la fois solitaire, car on réfléchit souvent seul à un problème qui peut nous obséder, et d'équipe car on s'entoure de personnes (du bureau d'à côté comme de chercheurs de l'autre bout de la planète) avec qui on se pose les questions et avec qui on écrit les articles, dans une ambiance souvent plus amicale que dans l'industrie.

Une part de mon travail, qui devient de plus en plus importante lorsqu'on progresse, est la recherche de financement, car nous ne vendons rien. Dans mon cas, j'ai rédigé des projets pour la DGA (direction générale de l'armement), qui a accepté de financer les travaux de mon équipe, car elle sait que si nous avançons sur notre problèmatique, les moyens de l'armée française seront les plus modernes et les plus efficaces. De même, je suis dans une chaire (association d'industriels qui font du mécénat pour la recherche et l'enseignement), qui finance une autre partie de nos travaux. Ces industriels savent également que nos travaux pourront, peut être, les rendre plus compétitifs sur le marché international. La recherche est donc en quelque sorte financée par des paris de la part de gens qui nous font confiance pour faire avancer la science. On dit souvent que dans la recherche seule notre réputation compte, il est important donc de ne pas promettre n'importe quoi et d'avancer coûte que coûte sur ce que l'on a promis. Ceci peut être stressant et conduire à des abandons (surtout en thèse).

Pour finir sur mon quotidien, je me déplace fréquement pour des séminaires, conférences ou réunions. Je vais environ une fois par semaine dans d'autres écoles françaises (ENS, Telecom, Polytechnique, Supelec, etc...), et quelques fois par an à l'étranger. Dans notre métier, il est également relativement facile de partir pour de plus longues périodes visiter un autre laboratoire, je suis par exemple resté 2 mois à Melbourne pour travailler sur la biomécanique (l'épaule et la nuque) avec des outils que j'avais développés.

Pour terminer, il y a principalement deux directions pour une carrière dans la recherche : la recherche "pure", où on ne fait que ça avec au bout de quelques années la direction d'une équipe (on finit alors directeur de recherche), et l'enseignement, où la part de recherche devient moins importante que les cours et la gestion des formations (on finit alors professeur d'université).